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Comment ne pas être inquiet?

inside-the-obama-white-house-ngepress.comLe printemps de Washington – 7 -

Chronique du 7 août 09.

Tout ce que je lis dans la presse, par exemple sur la rémunération des traders, en France comme aux États-Unis, et tout ce que me racontent ceux de mes amis qui travaillent dans le secteur bancaire, pointe dans la même direction: on est revenu aux mêmes pratiques, aux mêmes folies, aux mêmes abus, ceux-là même qui ont conduit à la crise actuelle. On distribue des bonus insensés, on pratique les mêmes montages aberrants, avec la même avidité, le même sentiment d’impunité, le même mépris du bien public, la même indécence dans le rapport à l’argent.

Je commence à penser que Paul Krugman a raison, que la nouvelle administration américaine – puisque c’est elle qui est censée donner le ton – n’a pas délivré le message adéquat. Les opérateurs ont observé, pendant quelque temps, pour voir s’ils pouvaient reprendre la farandole, comme avant. Il semble qu’ils soient persuadés à présent que rien ne va changer, et qu’ils ne risquent rien. Forcément, les mêmes personnes sont là – à Wall Street, au Sénat, dans l’Administration… Personne ne semble désireux ou capable d’opérer une rupture.

Je me hâte de dire que, dans un sens, c’est compréhensible. On conçoit bien que le poids des grandes compagnies américaines soit formidable, et qu’aucune administration ne puisse l’ignorer. Je comprends également qu’il soit extrêmement difficile pour un homme politique, fût-il le président des États-Unis d’Amérique, de se mettre à dos Wall Street, de prendre le risque de “casser” la machine de la première puissance économique du monde.

Mais de telles considérations ne me rassurent pas, elles m’inquiètent davantage. Je ne peux que comprendre le dilemme d’Obama; mais je n’en suis que plus inquiet sur ses chances de réussite.1.

Or – je l’ai déjà dit, mais je le répète, et le répèterai encore: il est impératif qu’il réussisse. A l’intérieur – sur le dossier financier, comme sur la sécurité médicale; et à l’extérieur, notamment au Proche-Orient, où il est impératif qu’il fasse la paix entre Palestiniens et Israéliens, et dans l’ensemble des rapports entre l’Occident et le monde musulman, qui risquent de s’enliser dans les étendues d’Afghanistan, du Pakistan, et d’ailleurs; sans même parler du dossier climatique…

Il est encore très tôt, je sais, pour commencer à parler de désillusion. Mais il n’est pas trop tôt pour exprimer des inquiétudes. Y compris sur le mode de fonctionnement de la nouvelle administration. Qui, à l’intérieur, fait preuve d’un certain manque de vision, et à l’extérieur, d’un certain manque de détermination.

  1. Pour ceux qui souhaitent approfondir cette question, je ne puis que recommander le long article de l’économiste James K. Galbraith intitulé No Return to Normal; sa thèse est particulièrement inquiétante, mais bien documentée et magistralement exposée []

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Un commentaire

Ce que devient l’initiative d’Obama. Deux hypothèses…

Le printemps de Washington – 6 -

Chronique du 29 juillet 09.

C’est un véritable carrousel diplomatique que les États-Unis exécutent au Proche-Orient depuis quelques jours. Je l’observe, j’écoute les nombreuses déclarations, je lis les commentaires, et je m’efforce de comprendre ce qui se passe réellement.

Est-on en train de mettre en place la solution ébauchée par le président Obama lors de son discours à l’Université du Caire le 4 juin dernier, à savoir une paix régionale “compréhensive”, à laquelle tous les pays et tous les peuples seraient associés, qui prendrait en compte les préoccupations et les revendications de chacun, et dont la pierre angulaire serait la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël?

Ou bien est-on en train de revenir à une approche traditionnelle du conflit, c’est-à-dire à un long processus de négociation, où les différents protagonistes seraient invités à se réunir, à bâtir patiemment entre eux une relation de confiance, et où Washington ne jouerait qu’un rôle d’intermédiaire et de facilitateur?

De mon point de vue, seule la première voie pourrait mener à la paix, et je suis persuadé que si elle aboutissait, tous les peuples de la région y trouveraient leur compte, et à terme tout le monde – y compris une bonne partie des hommes politiques intransigeants en Israël, en Palestine et dans l’ensemble du Monde arabe -  oui, même ceux qui, aujourd’hui, s’en méfient, finiraient par s’en féliciter. L’autre voie, en revanche, n’a jamais conduit qu’à des désillusions, à un durcissement dans tous les camps, et à un regain de violence.

Ayant annoncé ainsi sans ambiguïté mes préférences, je m’empresse d’ajouter qu’à l’instant où j’écris ces lignes, je ne suis pas encore en mesure de dire dans quelle voie se dirige la diplomatie américaine qui s’active. Les deux hypothèses sont plausibles, et je ne sais pas encore laquelle va se vérifier. A certains moments, je me dis que l’initiative d’Obama piétine; à d’autres moments, je me dis qu’elle est en train de se mettre en place.

La logique du blog

Si je ne tenais pas ce journal en ligne, j’aurais attendu d’être fixé avant de prononcer mon verdict. L’intérêt de la démarche que j’ai entamée, c’est justement de permettre à l’observateur concerné que je suis de communiquer à chaque étape son sentiment, et même de dévoiler sa manière de s’informer, d’analyser, de réfléchir, d’évaluer. Dévoiler aux autres, mais aussi à soi-même, parce qu’en s’obligeant à écrire, à formuler, on prend conscience de certaines choses qui seraient restées confuses.

Puisque j’ai ouvert cette parenthèse, je vais la garder ouverte quelques instants de plus; pour dire que, lorsque j’essaie de m’informer, de comprendre, je garde constamment à l’esprit deux règles d’or. La première, c’est que nous sommes à l’ère de la communication, et que les propos des responsables doivent être considérés non comme une expression de la réalité, mais comme une formulation de ce qu’ils ont décidé de communiquer. La seconde, c’est que nous sommes aussi, paradoxalement – et fort heureusement! – à l’ère de la transparence, vu que tout ce qu’on aimerait savoir, et tout ce que les uns et les autres aimeraient cacher, est dévoilé quelque part sur la Toile. Il faut simplement savoir chercher, et surtout savoir évaluer, savoir faire le tri entre les propos qui éclairent la réalité, et ceux qui la brouillent ou qui l’obscurcissent, volontairement ou pas.

Mais je referme la parenthèse pour revenir à mon interrogation de départ: l’activité diplomatique américaine au Proche-Orient signifie-t-elle que l’initiative d’Obama se met soigneusement en place, ou bien qu’elle est déjà remise en cause, pour ne pas dire abandonnée?

Ce qui semble accréditer la première hypothèse, c’est que les responsables américains qui se rendent dans la région sont précisément ceux dont la contribution serait essentielle si l’on était en train de rédiger un traité de paix. Celui-ci devrait comporter la création d’un État palestinien sur des territoires dont Israël se retirerait; des dispositions de sécurité pour que les Israéliens ne perçoivent pas ce retrait comme une menace pour leur sécurité; une normalisation des relations entre Israël et ses voisins; et très certainement aussi un très important fond de développement et de compensation – financé par les Américains, les Européens, les Japonais, les Chinois, ainsi que les pays du pétrole – afin d’encourager les Palestiniens comme les Israéliens à s’engager résolument dans la voie de la paix.

La principale caractéristique des visiteurs américains, c’est qu’ils sont habilités à fournir des assurances sur l’aspect militaire et sécuritaire d’un éventuel accord. Il y a là, en effet, le secrétaire à la défense Robert Gates; le général James L. Jones, conseiller du président Obama à la sécurité nationale; l’ambassadeur Dennis Ross, qui a la haute main sur le Proche-Orient au sein du Conseil de Sécurité nationale; en plus de l’ancien sénateur George Mitchell, envoyé spécial du président dans la région, et qui a pour mission de gérer les contact avec les différents protagonistes. Une incontestable mobilisation, dont on est en droit d’attendre des résultats significatifs.

N’est-ce pas encourageant? Si, dans une certaine mesure. Mais pas encore suffisamment, à mes yeux, pour écarter la seconde hypothèse, celle d’un piétinement, et d’un possible déraillement du processus. Je suis persuadé que rien n’avancera si on ne rassure pas Israël; encore faut-il que les mesures prises pour le rassurer ne rendent pas la paix “insignable” pour les dirigeants palestiniens, comme pour le reste du monde arabe.

Je vais être plus précis: tout ce qui concerne le rapport de forces militaire ne m’inquiète pas. L’opinion arabe sera sans doute choquée d’entendre que la future Palestine sera dépourvue d’armée. Mais, quand on y réfléchit, il serait illusoire d’imaginer que la protection de ce jeune État sera assurée par sa propre armée; sa seule véritable protection sera dans les garanties internationales; et plutôt que de s’engager dans une course aux armements qui le ruinerait, il devrait prendre exemple sur le Japon de l’après-guerre et aspirer à la réussite économique à l’abri de ses frontières garanties.

En revanche, si la mosquée d’al-Aqsa, par exemple, demeurait sous administration israélienne, ce ne serait même pas la peine de signer un traité de paix, parce que les mouvements militants continueraient à mobiliser autour de cette question, du Maghreb jusqu’à l’Indonésie, pendant les cent prochaines années.

En d’autres termes, tout ce qui relève authentiquement des préoccupations de sécurité peut trouver sa place dans un accord; tout ce qui touche au territoire et aux symboles doit être manié avec d’infinies précautions.

Je ne sais pas encore à quoi ressemblera le projet d’accord à la suite de toutes les tractations en cours. En toute sincérité, je m’interdis de faire des procès d’intention à qui que ce soit. J’observe, j’écoute, j’évalue; je continue à espérer, mais je demeure prudent.

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Pas de commentaire

Je confesse une certaine impatience…

Le printemps de Washington – 5 -

Chronique du 26 juillet 09.

J’avais écouté, puis lu attentivement, le discours du président Obama à l’Université du Caire, le 4 juin dernier. Il m’était apparu comme un discours fondateur. Fondateur d’une solution durable au Proche-Orient, et fondateur d’une réconciliation historique entre l’Occident et le Monde arabo-musulman; ce qui va de pair. Je l’avais écrit, et je continue à le penser. Mais je confesse, en la matière, une certaine impatience. Je ne vois pas se dessiner une approche nouvelle des négociations de paix; j’ai plutôt l’impression que l’on revient aux pratiques diplomatiques habituelles, celle qui n’ont servi jusqu’ici qu’à perpétuer le conflit.

On va me rétorquer, bien sûr, qu’un conflit qui dure depuis plusieurs décennies ne se règle pas en quelques semaines. C’est vrai, en apparence. Mais en apparence seulement. Comme lorsqu’on dit qu’avec un petit pas, un autre petit pas, et encore un autre, on s’approche forcément de la paix. Cela paraît logique, évident, mais c’est une fausse évidence.

Dans un conflit de ce genre, où les populations éprouvent une profonde méfiance les unes envers les autres, il est indispensable de proposer une solution globale, pour que chaque peuple sache exactement où il va; sinon on ouvre la voie aux surenchères, qui favorisent les factions les plus dures. C’est ce qui s’est constamment produit au Proche-Orient au cours des dernières décennies. On a multiplié les initiatives, les conférences, les plans, les feuilles de route, on s’est égaré dans des palabres interminables, et dans les deux camps les éléments les plus intransigeants ont gagné.

Dans son discours à l’Université du Caire, Obama montrait qu’il avait conscience de cette réalité, et qu’il n’allait pas se laisser entraîner vers les sables mouvants. Il laissait entendre qu’il ne se contenterait pas d’un rôle d’intermédiaire ou de facilitateur. “Nous ne pouvons pas imposer la paix, disait-il. Mais, en privé, beaucoup de musulmans reconnaissent qu’Israël ne disparaîtra pas, et beaucoup d’Israéliens reconnaissent la nécessité d’un État palestinien. Le moment est venu pour nous d’agir sur la base de ce que chacun sait être vrai.”

Cette dernière phrase définissait clairement l’approche volontariste que le président envisageait. Il n’a pas appelé les parties à se réunir pour exposer leurs points de vue. A quoi bon les entendre pour la centième fois? On sait ce que les uns et les autres sont obligés d’affirmer en public, et ce qu’ils reconnaissent tout bas. C’est maintenant à “nous” – les États-Unis – d’agir.

Aussitôt, son émissaire George Mitchell s’envolait pour le Proche-Orient, porteur de ce même message: un plan global va être présenté sous peu, nous attendons de tous qu’ils lui fassent bon accueil. La rumeur, à Washington, était que les grandes lignes du plan de paix seraient proposées dès le 15 juin. Six semaines se sont écoulées, au cours desquelles on a commencé à entendre des propos désespérément familiers, sur le fait qu’Israël devrait, pour le moment, geler la colonisation, et qu’en échange les pays arabes devraient accorder à la compagnie El-Al le droit de survoler leur territoire… Dans le jargon de Washington, on appelle cela “confidence building measures”, des mesures pour bâtir la confiance; à mes yeux, je les appellerais plutôt “momentum breaking measures”, des mesures dont le seul résultat serait de briser l’élan.

J’espère me tromper, j’espère que c’est mon impatience qui parle, mais j’ai l’impression que l’élan s’est effectivement affaibli, ramolli. Hier, l’émissaire Mitchell est revenu au Proche-Orient pour une nouvelle tournée. J’ai écouté attentivement ses déclarations à Damas. Il cherche à donner l’impression que la détermination de son président est toujours intacte. Mais il manque à ses propos le sens de l’urgence, et j’ai le sentiment qu’il cherche à convaincre ses interlocuteurs d’une chose dont lui même commence à douter…

Une fois encore, j’espère me tromper. J’espère avoir l’occasion de faire bientôt dans ce blog, dans ces chroniques consacrées au “printemps de Washington”, un mea culpa humble et fervent. J’espère avoir l’occasion de dire que cette baisse de régime était due aux événements d’Iran, ou à la nécessité de préparer un plan de paix adéquat, ou à d’autres facteurs, mais que la nouvelle administration reste manifestement décidée à mettre fin une fois pour toutes à ce conflit. Lequel, sous des dehors de conflit local, est devenu en réalité un conflit planétaire. L’un des plus toxiques et des plus meurtriers.

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