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Honte aux uns, honte aux autres

Quelque chose m’échappe dans l’histoire d’al-Megrahi, le fonctionnaire libyen qui vient d’être libéré en Écosse.

S’il est coupable d’un crime aussi atroce que l’attentat de Lockerbie, c’est-à-dire la destruction par bombe d’un avion civil, causant la mort de 270 personnes, pourquoi l’a-t-on libéré après seulement dix ans de détention?

Et s’il est innocent, pourquoi s’étonne-t-on de le voir reçu avec des fleurs à son retour chez lui?

Je ne voudrais pas spéculer sur sa culpabilité ou sur son innocence, mais une chose est absolument certaine: si cet homme a commis l’acte abominable dont on l’a accusé, il ne l’a pas fait pour son propre compte, mais pour le compte de ses chefs. C’est là une évidence que personne ne peut contester. Or, ces chefs, on ne se gêne plus pour les recevoir avec les honneurs, et en se pliant à tous leurs caprices. On ne se gêne plus pour prendre des photos avec eux, ni pour signer des contrats juteux. Mais si eux-mêmes sont pris en photo avec le lampiste qui a payé pour eux, nous sommes censés nous indigner.

Beaucoup de ceux qui connaissent le dossier de près – notamment parmi les parents des victimes – sont persuadés que le procès a été manipulé de manière honteuse, que le fonctionnaire libyen n’était pas coupable, et qu’on s’est servi de lui comme d’un bouc émissaire pour protéger les vrais responsables – libyens ou autres. C’est d’ailleurs ce que sous-entend le secrétaire écossais à la Justice, Kenny MacAskill, en prenant la décision de libérer al-Megrahi “par compassion”. Car même si l’homme est atteint d’une maladie incurable ne lui laissant que peu de temps à vivre, on aurait pu le soigner consciencieusement dans un hôpital britannique, mais jamais on n’aurait dû le laisser rentrer chez lui… à moins que l’on ait de sérieux doutes sur sa culpabilité.

Tout porte à croire qu’on s’est livré, dans cette affaire, à un marchandage sordide, pour obtenir des bénéfices commerciaux,  pétroliers ou politiques – bien des indices pointent dans cette direction. Et dans ce cas, il ne faut pas que les uns et les autres fassent semblant de trôner sur les hauts sommets éthiques. A force de transiger sur les valeurs sous prétexte de “réalisme”, à force d’interpréter les principes selon les convenances du moment, l’Occident finira par perdre toute crédibilité morale; quant à ses adversaires-partenaires de l’autre côté de la Méditerranée, ils n’en ont jamais eu beaucoup…

Je ne sais pas si l’on fera un jour toute la lumière sur l’attentat de Lockerbie; mais quelle que soit la vérité, cette affaire est révélatrice de la faillite morale qui caractérise notre époque. Une faillite dont aucun dirigeant – ni en Occident, ni dans le monde arabe – n’est totalement innocent. Et dont personne ne sortira la tête haute.

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