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Les croisades vues par les Arabes

En partant pour les croisades, ces preux chevaliers avaient bonne conscience : ils portaient leur croix sur le dos et la divine parole en Orient. L’Orient, c’était la terre promise. Ils pillèrent la terre, violèrent les femmes, massacrèrent les hommes, au nom de la chrétienté.
Ces barbares furent combattus tout ausi férocement du côté de l’islam, où se trouvait la civilisation la plus avancée, mais aussi les rivalités et « la torpeur du monde arabe ». Et Jérusalem, Damas, Beyrouth, connurent l’enfer.
Les Croisades vues par les Arabes, c’est l’histoire “à l’envers”. Amin Maalouf, écrivain d’origine libanaise, écrit le roman des Croisades vues à travers le regard arabe. Pour cela, il s’inspire des oeuvres des historiens arabes médiévaux dont Francesco Gabrieli a traduit des extraits dans les Chroniques arabes des Croisades. Dans ce roman historique, les princes de l’Islam (Nourredine, Saladin, Baibars…), dénigrés par les chroniqueurs occidentaux, sont présentés comme des héros. À l’inverse, les Croisés deviennent des barbares, pire encore, “les cannibales de Maara”.

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  1. #1 by Fayçal on 2 septembre 2009

    Le récit des personnages,des évenements et des lieux nous fait presque sentir la chaleur du désert, le parfum des épices et l’odeur suaves des filles du Sham à l’oeil noir bien fendu…Outre la valeure historique et culturel- le de cette oeuvre,les croisades vues par les arabes(et racontées par vous) est un véritable plaisir pour les sens.

  2. #2 by Ahmed on 18 septembre 2009

    Outre les aspects historiques et littéraires de ce livre, je lui trouve une raison supplémentaire, et majeure, de le lire: le changement de perspective. Se glisser dans la peau de l’autre, celui d’en-face, permet de relativiser les propos des livres d’histoire qui peuplent les cartables des écoliers et autres élèves.

  3. #3 by fayçal benafla on 18 septembre 2009

    Toujours est il que la similitude entre le monde arabo-musulman à l’aube des croisades et celui de nos jours est troublante voir effrayante;un monde divisé,humilié,frileux,figé en panne d’inspiration.Dominé culturllement,militairement et economiquement.En fait le fossé entre l’occident et le monde arabe n’a jamis cessé de croitre jusqu’a devenir abyssale de nos jour.

  4. #4 by E.Maroun on 17 juillet 2011

    Une belle leçon d’histoire à faire lire et apprendre ici en France lorsqu’il est question des croisades !

  5. #5 by baudrier gerard ibrahim on 9 mai 2012

    il y a 37 ans j’ai lu a la bibliothèque universitaire de Rennes (place hoche un livre ancien édité au 18 siècle histoire des croisades vue par les arabes “écrit en vieux français et en arabe ” très intéressant que je conseille de lire donc rien de nouveau , cela me fait penser aussi a un auteur qui a écrit un livre “Monsieur de Lyon de Nicole Avril) ou la bizarrement une histoire vraie tirée d’une femme femme d’origine bretonne dont on peut lire ce livre dans cette même bibliothèque écrit fin19è siècle

  6. #6 by Paul Arnaud on 28 juin 2012

    Les Croisades vues par le Pacha Hussein Bey et par Charles Peguy.

    Au roc des Maures,
    Jean François Durand.
    et à Serge-Azide Lorougnon
    en dialogue
    avec l’immam Cissé Djiguiba.

    Charles Péguy et l’Islam,

    Je ne peux, pour ma part, commencer une étude sur Charles Péguy et l’Islam, sans penser aux 1150 hommes marocains morts aux cotés de Péguy le 5 septembre 1914 à Villeroy. (voir : ” La brigade marocaine et la bataille de la Marne” du Maréchal Juin”.)
    J’admire beaucoup une carte postal de l’époque sur laquelle on voit des tirailleurs marocains soignant un blessé allemand prés de Villeroy.
    Connaissez vous une meilleurs illustration de l’histoire du bon samaritain ?
    Alors que les samaritains étaient considérés de haut à l’époque, c’est chez eux que le Juif Jésus trouve le meilleurs exemple, de l’amour du prochain. (Le bon samaritain est trés proche du marchand de tapis arabe d’aujourd’hui qui passe de porte en porte.)
    Je ne trouve nulle part une vision aussi profonde d’un dialogue entre un chrétien et un musulman que celle décrite par Péguy dans sa “Note conjointe sur Descartes et la philosophie cartésienne”. p. 186 mais aussi p. 193-194 de l’édition Gallimard 1969 (ou III p. 1375-1376 et 1381-1382).
    Chacun, dans ce dialogue entre chrétiens et musulmans : celui que l’on nomme “fidéle” comme celui que l”on nomme “infidéle”, doit exister dans sa plénitude. De là, nous dit Charles Péguy, cette comparaison d’honneur, cette joute constante de courtoisie qui s’établit rapidement dans la croisade entre tout homme de chevallerie franque et tout homme de “chevallerie” musulmane.
    Le duel est devenu dialogue entre l’un et l’autre.
    Nous sommes ici trés proche, de ce que dit du duel Kwame Anthony Appiah dans son livre : “Le code d’honneur comment adviennent les révolutions morales” (Trad. par Jean-François Sené, Gallimard 2012). Le duel y devient dialogue entre l’un et l’autre.
    Pour Charles Péguy, il ne suffit pas que le chrétien vainque dans son systéme de mesure. IL faut encore qu’il vainque dans le systéme de mesure de l’autre.
    C’est ainsi qu’il ne suffit pas que le saint : “saint Louis” soit considéré comme saint par le sire de Joinville, dans son systéme de mesure. Il faut encore qu’il soit considéré comme : “saint” par quelque chroniqueur musulman, dans son systéme de mesure.
    Péguy nous parle ici dans la langue de Joinville. C’est ainsi qu’il nous parle “de l’honneur infidéle”. C’est à dire, l’honneur de ceux que l’on nomme “infidéles”. où encore, comme on les nommait à l’époque: “les sectateurs du faux Dieu”, “(ils adorent Mahom)!”
    Ouvrons ensemble le : Joinville – Vie de Saint Louis – Texte établit, traduit, présenté et annoté, avec variantes par Jacques Monfrin. (Garnier-Livre de poche).
    Jacques Monfrin dans son avant-propos nous dit : “Ce livre est une oeuvre strictement personnelle : Joinville ne suit aucun modèle. C’est un seigneur champenois qui raconte ses souvenirs naturellement et sans recherche.” Je trouve pour ma part qu’Il y a une parenté entre le style de Joinville et celui de Péguy.
    Péguy va jusqu’à citer Joinville presque littéralement en particulier ce que Joinville fait dire par un Sarazin à un compagnon de Saint Louis :
    (paragraphe 448)
    “Vous avez des maî̂tres qui vous permettent de connaî̂tre quand vous faites le bien et quand vous faites le mal. C’est pourquoi Dieu vous sait plus mauvais gré d’un petit péché, quand vous le commetez, qu’à nous d’un grand qui n’en connaissons point …”.
    Chez Péguy (III p. 1376), sur “les sectateurs de Mahon” : “Ils sont des ignorants ; et par conséquent et en un certain sens des innocents… Ils ne peuvent pas pécher comme nous.”

    Il nous faut ici remarquer que Péguy, par la joute de courtoisie qu’il nous présente, marche trés profondément dans le mê̂me sens que son maî̂tre Henri Bergson qui place toujours à leur maximum ceux avec qui il dialogue. Pour ne prendre qu’un exemple, dans “L’ évolution créatrice” p. 346 il dit, avant de dialoguer avec eux, de Spinoza et Leibnitz. Nous ne méconnaissons pas les trésors d’originalité que renferment les doctrines de Spinoza et Leibnitz …
    Dans la filiation de Péguy à Bergson, je vois, pour ma part, une pure image de la filiation entre christianisme et judaï̈sme.

    On peut se demander et je le fais moi-mê̂me, si Péguy n’a pas lu la déclaration faite par le pacha Hussein-Pacha-Bey en 1830 dans laquelle le pacha précéde Péguy pour la louange de Saint Louis mort devant Tunis le 25 aoû̂t 1270. Il incarne tout à fait ce “chroniqueur musulman” qui considére Saint Louis comme un “saint” dans son systéme de mesure :

    « Louange à Dieu l’Unique, auquel retournent toutes choses !
    Nous cédons à perpétuité à Sa Majesté le roi de France un emplacement dans la Malka, suffisant pour élever un monument religieux en l’honneur du roi Louis IX à l’endroit où ce prince est mort. Nous nous engageons à respecter et à faire respecter ce monument consacré par le roi de France à la mémoire d’un de ses plus illustres aïeux. Salut de la part du serviteur de Dieu, Hussein-Pacha-Bey. Que le Très-Haut lui soit favorable ! Amen.
    Le 17 de safar de l’année 1246. Fait au Bardo le 8 août 1830. Au consul général Mathieu de Leseps ».

    Mais revenons à la “Note sur Descartes…”, nous remarquons que Charles Péguy y transfigure le point de vue de son ami Ernest Psichari petit fils de Ernest Renan qu’ Il nous rapporte dans les derniéres pages de son “Victor Marie conte Hugo” ( III pp. 342-345). On y voit Psichari militaire au fin fonds de la Mauritanie avec comme auxiliaire quelques bons mousquetons se confier par lettres à Charles Péguy.
    Le cher Robert Burac, dans le compte rendu qu’il fait du “Péguy-Senghor” dirigé par Jean-François Durand, attire notre attention sur l’admiration et le respect manifesté par Ernest Psichari pour les Maures, une noble et antique race qui se rattache à l’orient mystique. (“L’amitié Charles Péguy” no 77 p. 55). C’est en grande partie pour cette raison, nous dit t’il, que Charles Péguy éprouve de la sympathie pour Ernest Psichari.
    Dans sa “Note sur Descartes…”, (ce cavalier français parti d’un si bon pas). Péguy fait, sans le nommer, passer Ernest Psichari de la guerre, avec ses mousquetons, à la Paix, au cô̂té de l’ arménien Polyeucte, de la lorraine Jeanne et bien entendu du Saint Louis de Joinville.

    La Jeanne d’Arc de Charles Péguy exprime, comme tous les jeunes de son époque, son souhait de partir en croisade:

    “pour que (ceux qu’on nomme) les mécréants infidéles soient chassé de la terre sainte”.

    Elle remarque cependant : “qu’ils ne sont peut-ê̂tre pas condamnés à ê̂tre perpétuellement infidéles”. (Oeuvres poétiques p. 1240 et 1243).

    Allons maintenant jusqu’au boû̂t avec Péguy pour qui les véritables “infidéles” ne sont problablement pas où on pense:

    Ceux que l’on nomme des” infidéles” sont beaucoup plus des “contre-fidéles” (p. 200 où III 1386). Alors que Jeanne d’Arc eut à accomplire sa mission dans un peuple d’infidélité (au coeur m̂̂eme de France!), au milieu d’un peuple invétéré infidéle, au milieu d’un peuple habituellement (Bergson) tombé en état d’infidélité.
    Au milieu de ce peuple d’infidéles elle garde pourtant toute sa jeunesse qui va jusqu’à la perception d’ un Dieu neuf : “l’invention mê̂me de Dieu” (III 1384),
    “Un Dieu lui mê̂me jeune ensemble qu’éternel”,
    un Dieu qui n’est pas tombé du ciel “tout fait”, car Dieu mê̂me a été dans l’histoire d’Israë̈l un événement. L’expérience est venu au devant de nous depuis “le commencement des commencement”. (III 1280).

    La Jeanne de Péguy tire sa source des textes du procés publiés par Quicherat (1841-1849) (réédité dans la Jeanne d’arc sainte ou sorciére de Max Gallo avec la Jeanne d’Arc de Henri-Alexandre Wallon 1860 aux éditions Garnier 2011), mais aussi du Saint Louis de Joinville. Elle y tiens le mê̂me language sur l’Islam que celui que Joinville nous rapporte.
    Rappelons les dates de Saint Louis, Joinville, Jeanne : Saint Louis (1214-1270), Joinville (1224-1317) Jeanne (1412-1431). Rappelons encore que La Synagogue aux yeux bandées de la cathédrale de Strasbourg que j’admire beaucoup date de la mê̂me époque : 1230. Elle est d’auteurs inconnus et trés proche de Jeanne sur son bucher. Elle à probablement été scuptés, à mon sens, par des Juifs infiltrés (comme le dit de Bergson l’antisémiste Léon Daudet).
    Qu’on me permette d’introduire ici quelques mots sur la petite juive Marie aux “sept douleurs”:

    Dame du ciel régente terrienne
    empériére des infernaux palus,
    de la tribu de Juda.

    Car je trouve dans le Coran une Soutra entiére sur Marie-Maryam.
    Je vous conseille de lire le chapitre qui lui est consacré dans le livre “Juifs Chrétiens Musulmans” auquel participe notre ami Olivier de Berranger.

    Péguy, profondément réaliste pouvait difficilement rogner les croisades de Jeanne. Il lui a fallu du temps pour faire sortir des croisades : la paix. Alors qu’on s’entre-tue entre chrétiens, musulmans, juifs, Joinville nous laisse entrevoir la paix, comme chez Dadoun, lui aussi profondément réaliste, l’éros-agapé sort de l’éros. (voir ACP no 47 p. 173).
    Quoi de plus charnelle-incarnée, que la Jeanne de Péguy qui se donne toute entiére pour le salut de son peuple ?
    Comme le dit Jules Michelet dans son “Histoire de France”:

    “Ce n’est que quelques minutes avant sa mort “qu’elle n’entendit plus le salut au sens judaï̈que et matériel, comme elle l’avait fait jusque-là, qu’elle vit claire enfin, et que sortant des ombres, elle obtient ce qui lui manquait encore de lumiére et de sainteté”.

    Il est remarquable qu’à la fin de l’Apocalyspe ce n’est pas nous qui montons au ciel, mais le bon Dieu qui revient planter sa tente parmis nous pour habiter avec nous au sens Judaï̈que du terme!
    Bien cordialement.
    P.A. (Paul Arnaud de l’amitie Charles Peguy)

  7. #7 by Paul Arnaud on 3 juillet 2012

    Pour la paix entre les peuples vue par charles Peguy lecteur de Joinville. Le duel devient chez Peguy Dialogue dans la reconnaissance de l’autre.

    Au roc des Maures,
    Jean François Durand.
    et à Serge-Azide Lorougnon
    en dialogue
    avec l’immam Cissé Djiguiba.

    Charles Péguy et l’Islam,

    Je ne peux, pour ma part, commencer une étude sur Charles Péguy et l’Islam, sans penser aux 1150 hommes marocains morts aux cotés de Péguy le 5 septembre 1914 à Villeroy. (voir : ” La brigade marocaine et la bataille de la Marne” du Maréchal Juin”.)
    J’admire beaucoup une carte postal de l’époque sur laquelle on voit des tirailleurs marocains soignant un blessé allemand prés de Villeroy.
    Connaissez vous une meilleurs illustration de l’histoire du bon samaritain ?
    Alors que les samaritains étaient considérés de haut à l’époque, c’est chez eux que le Juif Jésus trouve le meilleurs exemple, de l’amour du prochain. (Le bon samaritain est trés proche du marchand de tapis arabe d’aujourd’hui qui passe de porte en porte.)
    Je ne trouve nulle part une vision aussi profonde d’un dialogue entre un chrétien et un musulman que celle décrite par Péguy dans sa “Note conjointe sur Descartes et la philosophie cartésienne”. p. 186 mais aussi p. 193-194 de l’édition Gallimard 1969 (ou III p. 1375-1376 et 1381-1382).
    Chacun, dans ce dialogue entre chrétiens et musulmans : celui que l’on nomme “fidéle” comme celui que l”on nomme “infidéle”, doit exister dans sa plénitude. De là, nous dit Charles Péguy, cette comparaison d’honneur, cette joute constante de courtoisie qui s’établit rapidement dans la croisade entre tout homme de chevallerie franque et tout homme de “chevallerie” musulmane.
    Le duel est devenu dialogue entre l’un et l’autre.
    Nous sommes ici trés proche, de ce que dit du duel Kwame Anthony Appiah dans son livre : “Le code d’honneur comment adviennent les révolutions morales” (Trad. par Jean-François Sené, Gallimard 2012). Le duel y devient dialogue entre l’un et l’autre.
    Pour Charles Péguy, il ne suffit pas que le chrétien vainque dans son systéme de mesure. Il faut encore qu’il vainque dans le systéme de mesure de l’autre.
    C’est ainsi qu’il ne suffit pas que le saint : “saint Louis” soit considéré comme saint par le sire de Joinville, dans son systéme de mesure. Il faut encore qu’il soit considéré comme : “saint” par quelque chroniqueur musulman, dans son systéme de mesure.
    Péguy nous parle ici dans la langue de Joinville. C’est ainsi qu’il nous parle “de l’honneur infidéle”. C’est à dire, l’honneur de ceux que l’on nomme “infidéles”. où encore, comme on les nommait à l’époque: “les sectateurs du faux Dieu”, “(ils adorent Mahom)!”
    Ouvrons ensemble le : Joinville – Vie de Saint Louis – Texte établit, traduit, présenté et annoté, avec variantes par Jacques Monfrin. (Garnier-Livre de poche).
    Jacques Monfrin dans son avant-propos nous dit : “Ce livre est une oeuvre strictement personnelle : Joinville ne suit aucun modèle. C’est un seigneur champenois qui raconte ses souvenirs naturellement et sans recherche.” Je trouve pour ma part qu’Il y a une parenté entre le style de Joinville et celui de Péguy.
    Péguy va jusqu’à citer Joinville presque littéralement en particulier ce que Joinville fait dire par un Sarazin à un compagnon de Saint Louis :
    (paragraphe 448)
    “Vous avez des maî̂tres qui vous permettent de connaî̂tre quand vous faites le bien et quand vous faites le mal. C’est pourquoi Dieu vous sait plus mauvais gré d’un petit péché, quand vous le commetez, qu’à nous d’un grand qui n’en connaissons point …”.
    Chez Péguy (III p. 1376), sur “les sectateurs de Mahon” : “Ils sont des ignorants ; et par conséquent et en un certain sens des innocents… Ils ne peuvent pas pécher comme nous.”

    Il nous faut ici remarquer que Péguy, par la joute de courtoisie qu’il nous présente, marche trés profondément dans le mê̂me sens que son maî̂tre Henri Bergson qui place toujours à leur maximum ceux avec qui il dialogue. Pour ne prendre qu’un exemple, dans “L’ évolution créatrice” p. 346 il dit, avant de dialoguer avec eux, de Spinoza et Leibnitz. Nous ne méconnaissons pas les trésors d’originalité que renferment les doctrines de Spinoza et Leibnitz …
    Dans la filiation de Péguy à Bergson, je vois, pour ma part, une pure image de la filiation entre christianisme et judaï̈sme.

    On peut se demander et je le fais moi-mê̂me, si Péguy n’a pas lu la déclaration faite par le pacha Hussein-Pacha-Bey en 1830 dans laquelle le pacha précéde Péguy pour la louange de Saint Louis mort devant Tunis le 25 aoû̂t 1270. Il incarne tout à fait ce “chroniqueur musulman” qui considére Saint Louis comme un “saint” dans son systéme de mesure :

    « Louange à Dieu l’Unique, auquel retournent toutes choses !
    Nous cédons à perpétuité à Sa Majesté le roi de France un emplacement dans la Malka, suffisant pour élever un monument religieux en l’honneur du roi Louis IX à l’endroit où ce prince est mort. Nous nous engageons à respecter et à faire respecter ce monument consacré par le roi de France à la mémoire d’un de ses plus illustres aïeux. Salut de la part du serviteur de Dieu, Hussein-Pacha-Bey. Que le Très-Haut lui soit favorable ! Amen.
    Le 17 de safar de l’année 1246. Fait au Bardo le 8 août 1830. Au consul général Mathieu de Leseps ».

    Mais revenons à la “Note sur Descartes…”, nous remarquons que Charles Péguy y transfigure le point de vue de son ami Ernest Psichari petit fils de Ernest Renan qu’ Il nous rapporte dans les derniéres pages de son “Victor Marie conte Hugo” ( III pp. 342-345). On y voit Psichari militaire au fin fonds de la Mauritanie avec comme auxiliaire quelques bons mousquetons se confier par lettres à Charles Péguy.
    Le cher Robert Burac, dans le compte rendu qu’il fait du “Péguy-Senghor” dirigé par Jean-François Durand, attire notre attention sur l’admiration et le respect manifesté par Ernest Psichari pour les Maures, une noble et antique race qui se rattache à l’orient mystique. (“L’amitié Charles Péguy” no 77 p. 55). C’est en grande partie pour cette raison, nous dit t’il, que Charles Péguy éprouve de la sympathie pour Ernest Psichari.
    C’est probablement aussi parce-qu’il pense qu’il vaut mieux, pour les évolutions à venir, que ce soit la république française plutô̂t que l’empire allemand qui s’infiltre là-bas.
    Dans sa “Note sur Descartes…”, (ce cavalier français parti d’un si bon pas). Péguy fait, sans le nommer, passer Ernest Psichari de la guerre, avec ses mousquetons, à la Paix, au cô̂té de l’ arménien Polyeucte, de la lorraine Jeanne et bien entendu du Saint Louis de Joinville.

    La Jeanne d’Arc de Charles Péguy exprime, comme tous les jeunes de son époque, son souhait de partir en croisade:

    “pour que (ceux qu’on nomme) les mécréants infidéles soient chassé de la terre sainte”.

    Elle remarque cependant : “qu’il ne sont peut-ê̂tre pas condamnés à ê̂tre perpétuellement infidéles”. (Oeuvres poétiques p. 1240 et 1243).

    Allons maintenant jusqu’au boû̂t avec Péguy pour qui les véritables “infidéles” ne sont problablement pas où on pense:

    Ceux que l’on nomme des” infidéles” sont beaucoup plus des “contre-fidéles” (p. 200 où III 1386). Alors que Jeanne d’Arc eut à accomplire sa mission dans un peuple d’infidélité (au coeur m̂̂eme de France!), au milieu d’un peuple invétéré infidéle, au milieu d’un peuple habituellement (Bergson) tombé en état d’infidélité.
    Au milieu de ce peuple d’infidéles elle garde pourtant toute sa jeunesse qui va jusqu’à la perception d’ un Dieu neuf : “l’invention mê̂me de Dieu” (III 1384),
    “Un Dieu lui mê̂me jeune ensemble qu’éternel”,
    un Dieu qui n’est pas tombé du ciel “tout fait”, car Dieu mê̂me a été dans l’histoire d’Israë̈l un événement. L’expérience est venu au devant de nous depuis “le commencement des commencement”. (III 1280).
    Descartes est sûrement parti d’un trés bon pas, mais il a trop voulu déduire . Il ne s’est pas placé de façon assez radicale dans ce qu’il a pourtant appelé “la création continuée” (page 345 de “l’Evolution créatrice” surtitrée Descartes).

    La Jeanne de Péguy tire sa source des textes du procés publiés par Quicherat (1841-1849) (réédité dans la Jeanne d’arc sainte ou sorciére de Max Gallo avec la Jeanne d’Arc de Henri-Alexandre Wallon 1860 aux éditions Garnier 2011), mais aussi du Saint Louis de Joinville. Elle y tiens le mê̂me language sur l’Islam que celui que Joinville nous rapporte.
    Rappelons les dates de Saint Louis, Joinville, Jeanne : Saint Louis (1214-1270), Joinville (1224-1317) Jeanne (1412-1431). Rappelons encore que La Synagogue aux yeux bandées de la cathédrale de Strasbourg que j’admire beaucoup date de la mê̂me époque : 1230. Elle est d’auteurs inconnus et trés proche de Jeanne sur son bucher. Elle à probablement été scuptés, à mon sens, par des Juifs infiltrés (comme le dit de Bergson l’antisémiste Léon Daudet).
    Qu’on me permette d’introduire ici quelques mots sur la petite juive Marie aux “sept douleurs”:

    Dame du ciel régente terrienne
    empériére des infernaux palus,
    de la tribu de Juda.

    Car je trouve dans le Coran une Soutra entiére sur Marie-Maryam.
    Je vous conseille de lire le chapitre qui lui est consacré dans le livre “Juifs Chrétiens Musulmans” auquel participe notre ami Olivier de Berranger.

    Péguy, profondément réaliste pouvait difficilement rogner les croisades de Jeanne. Il lui a fallu du temps pour faire sortir des croisades : la paix. Alors qu’on s’entre-tue entre chrétiens, musulmans, juifs, Joinville nous laisse entrevoir la paix, comme chez Dadoun, lui aussi profondément réaliste, l’éros-agapé sort de l’éros. (voir ACP no 47 p. 173).
    Quoi de plus charnelle-incarnée, que la Jeanne de Péguy qui se donne toute entiére pour le salut de son peuple ?
    Comme le dit Jules Michelet dans son “Histoire de France”:

    “Ce n’est que quelques minutes avant sa mort “qu’elle n’entendit plus le salut au sens judaï̈que et matériel, comme elle l’avait fait jusque-là, qu’elle vit claire enfin, et que sortant des ombres, elle obtient ce qui lui manquait encore de lumiére et de sainteté”.

    Il est remarquable qu’à la fin de l’Apocalyspe ce n’est pas nous qui montons au ciel, mais le bon Dieu qui revient planter sa tente parmis nous pour habiter avec nous au sens Judaï̈que du terme!
    Bien cordialement.
    P.A.

  8. #8 by Paul Arnaud on 4 juillet 2012

    Je trouve le Saladin de Amin Maalouf tres proche du Saint Louis de Joinville. Je pense qu’un dialogue entre les deux peut favoriser un retour a la paix en Israel.
    Chez Peguy lecteur de Joinville le duel devient dialogue dans la reconnaissance de l’autre.

    Au roc des Maures,
    Jean François Durand.
    et à Serge-Azide Lorougnon
    en dialogue
    avec l’immam Cissé Djiguiba.

    Charles Péguy et l’Islam,

    Je ne peux, pour ma part, commencer une étude sur Charles Péguy et l’Islam, sans penser aux 1150 hommes marocains morts aux cotés de Péguy le 5 septembre 1914 à Villeroy. (voir : ” La brigade marocaine et la bataille de la Marne” du Maréchal Juin”.)
    J’admire beaucoup une carte postal de l’époque sur laquelle on voit des tirailleurs marocains soignant un blessé allemand prés de Villeroy.
    Connaissez vous une meilleurs illustration de l’histoire du bon samaritain ?
    Alors que les samaritains étaient considérés de haut à l’époque, c’est chez eux que le Juif Jésus trouve le meilleurs exemple, de l’amour du prochain. (Le bon samaritain est trés proche du marchand de tapis arabe d’aujourd’hui qui passe de porte en porte.)
    Je ne trouve nulle part une vision aussi profonde d’un dialogue entre un chrétien et un musulman que celle décrite par Péguy dans sa “Note conjointe sur Descartes et la philosophie cartésienne”. p. 186 mais aussi p. 193-194 de l’édition Gallimard 1969 (ou III p. 1375-1376 et 1381-1382).
    Chacun, dans ce dialogue entre chrétiens et musulmans : celui que l’on nomme “fidéle” comme celui que l”on nomme “infidéle”, doit exister dans sa plénitude. De là, nous dit Charles Péguy, cette comparaison d’honneur, cette joute constante de courtoisie qui s’établit rapidement dans la croisade entre tout homme de chevallerie franque et tout homme de “chevallerie” musulmane.
    Le duel est devenu dialogue entre l’un et l’autre.
    Nous sommes ici trés proche, de ce que dit du duel Kwame Anthony Appiah dans son livre : “Le code d’honneur comment adviennent les révolutions morales” (Trad. par Jean-François Sené, Gallimard 2012). Le duel y devient dialogue entre l’un et l’autre.
    Pour Charles Péguy, il ne suffit pas que le chrétien vainque dans son systéme de mesure. Il faut encore qu’il vainque dans le systéme de mesure de l’autre.
    C’est ainsi qu’il ne suffit pas que le saint : “saint Louis” soit considéré comme saint par le sire de Joinville, dans son systéme de mesure. Il faut encore qu’il soit considéré comme : “saint” par quelque chroniqueur musulman, dans son systéme de mesure.
    Péguy nous parle ici dans la langue de Joinville. C’est ainsi qu’il nous parle “de l’honneur infidéle”. C’est à dire, l’honneur de ceux que l’on nomme “infidéles”. où encore, comme on les nommait à l’époque: “les sectateurs du faux Dieu”, “(ils adorent Mahom)!”
    Ouvrons ensemble le : Joinville – Vie de Saint Louis – Texte établit, traduit, présenté et annoté, avec variantes par Jacques Monfrin. (Garnier-Livre de poche).
    Jacques Monfrin dans son avant-propos nous dit : “Ce livre est une oeuvre strictement personnelle : Joinville ne suit aucun modèle. C’est un seigneur champenois qui raconte ses souvenirs naturellement et sans recherche.” Je trouve pour ma part qu’Il y a une parenté entre le style de Joinville et celui de Péguy.
    Péguy va jusqu’à citer Joinville presque littéralement en particulier ce que Joinville fait dire par un Sarazin à un compagnon de Saint Louis :
    (paragraphe 448)
    “Vous avez des maî̂tres qui vous permettent de connaî̂tre quand vous faites le bien et quand vous faites le mal. C’est pourquoi Dieu vous sait plus mauvais gré d’un petit péché, quand vous le commetez, qu’à nous d’un grand qui n’en connaissons point …”.
    Chez Péguy (III p. 1376), sur “les sectateurs de Mahon” : “Ils sont des ignorants ; et par conséquent et en un certain sens des innocents… Ils ne peuvent pas pécher comme nous.”

    Il nous faut ici remarquer que Péguy, par la joute de courtoisie qu’il nous présente, marche trés profondément dans le mê̂me sens que son maî̂tre Henri Bergson qui place toujours à leur maximum ceux avec qui il dialogue. Pour ne prendre qu’un exemple, dans “L’ évolution créatrice” p. 346 il dit, avant de dialoguer avec eux, de Spinoza et Leibnitz. Nous ne méconnaissons pas les trésors d’originalité que renferment les doctrines de Spinoza et Leibnitz …
    Dans la filiation de Péguy à Bergson, je vois, pour ma part, une pure image de la filiation entre christianisme et judaï̈sme.

    On peut se demander et je le fais moi-mê̂me, si Péguy n’a pas lu la déclaration faite par le pacha Hussein-Pacha-Bey en 1830 dans laquelle le pacha précéde Péguy pour la louange de Saint Louis mort devant Tunis le 25 aoû̂t 1270. Il incarne tout à fait ce “chroniqueur musulman” qui considére Saint Louis comme un “saint” dans son systéme de mesure :

    « Louange à Dieu l’Unique, auquel retournent toutes choses !
    Nous cédons à perpétuité à Sa Majesté le roi de France un emplacement dans la Malka, suffisant pour élever un monument religieux en l’honneur du roi Louis IX à l’endroit où ce prince est mort. Nous nous engageons à respecter et à faire respecter ce monument consacré par le roi de France à la mémoire d’un de ses plus illustres aïeux. Salut de la part du serviteur de Dieu, Hussein-Pacha-Bey. Que le Très-Haut lui soit favorable ! Amen.
    Le 17 de safar de l’année 1246. Fait au Bardo le 8 août 1830. Au consul général Mathieu de Leseps ».

    Mais revenons à la “Note sur Descartes…”, nous remarquons que Charles Péguy y transfigure le point de vue de son ami Ernest Psichari petit fils de Ernest Renan qu’ Il nous rapporte dans les derniéres pages de son “Victor Marie conte Hugo” ( III pp. 342-345). On y voit Psichari militaire au fin fonds de la Mauritanie avec comme auxiliaire quelques bons mousquetons se confier par lettres à Charles Péguy.
    Le cher Robert Burac, dans le compte rendu qu’il fait du “Péguy-Senghor” dirigé par Jean-François Durand, attire notre attention sur l’admiration et le respect manifesté par Ernest Psichari pour les Maures, une noble et antique race qui se rattache à l’orient mystique. (“L’amitié Charles Péguy” no 77 p. 55). C’est en grande partie pour cette raison, nous dit t’il, que Charles Péguy éprouve de la sympathie pour Ernest Psichari.
    C’est probablement aussi parce-qu’il pense qu’il vaut mieux, pour les évolutions à venir, que ce soit la république française plutô̂t que l’empire allemand qui s’infiltre là-bas.
    Dans sa “Note sur Descartes…”, (ce cavalier français parti d’un si bon pas). Péguy fait, sans le nommer, passer Ernest Psichari de la guerre, avec ses mousquetons, à la Paix, au cô̂té de l’ arménien Polyeucte, de la lorraine Jeanne et bien entendu du Saint Louis de Joinville.

    La Jeanne d’Arc de Charles Péguy exprime, comme tous les jeunes de son époque, son souhait de partir en croisade:

    “pour que (ceux qu’on nomme) les mécréants infidéles soient chassé de la terre sainte”.

    Elle remarque cependant : “qu’il ne sont peut-ê̂tre pas condamnés à ê̂tre perpétuellement infidéles”. (Oeuvres poétiques p. 1240 et 1243).

    Allons maintenant jusqu’au boû̂t avec Péguy pour qui les véritables “infidéles” ne sont problablement pas où on pense:

    Ceux que l’on nomme des” infidéles” sont beaucoup plus des “contre-fidéles” (p. 200 où III 1386). Alors que Jeanne d’Arc eut à accomplire sa mission dans un peuple d’infidélité (au coeur m̂̂eme de France!), au milieu d’un peuple invétéré infidéle, au milieu d’un peuple habituellement (Bergson) tombé en état d’infidélité.
    Au milieu de ce peuple d’infidéles elle garde pourtant toute sa jeunesse qui va jusqu’à la perception d’ un Dieu neuf : “l’invention mê̂me de Dieu” (III 1384),
    “Un Dieu lui mê̂me jeune ensemble qu’éternel”,
    un Dieu qui n’est pas tombé du ciel “tout fait”, car Dieu mê̂me a été dans l’histoire d’Israë̈l un événement. L’expérience est venu au devant de nous depuis “le commencement des commencement”. (III 1280).
    Descartes est sûrement parti d’un trés bon pas, mais il a trop voulu déduire . Il ne s’est pas placé de façon assez radicale dans ce qu’il a pourtant appelé “la création continuée” (page 345 de “l’Evolution créatrice” surtitrée Descartes).

    La Jeanne de Péguy tire sa source des textes du procés publiés par Quicherat (1841-1849) (réédité dans la Jeanne d’arc sainte ou sorciére de Max Gallo avec la Jeanne d’Arc de Henri-Alexandre Wallon 1860 aux éditions Garnier 2011), mais aussi du Saint Louis de Joinville. Elle y tiens le mê̂me language sur l’Islam que celui que Joinville nous rapporte.
    Rappelons les dates de Saint Louis, Joinville, Jeanne : Saint Louis (1214-1270), Joinville (1224-1317) Jeanne (1412-1431). Rappelons encore que La Synagogue aux yeux bandées de la cathédrale de Strasbourg que j’admire beaucoup date de la mê̂me époque : 1230. Elle est d’auteurs inconnus et trés proche de Jeanne sur son bucher. Elle à probablement été scuptés, à mon sens, par des Juifs infiltrés (comme le dit de Bergson l’antisémiste Léon Daudet).
    Qu’on me permette d’introduire ici quelques mots sur la petite juive Marie aux “sept douleurs”:

    Dame du ciel régente terrienne
    empériére des infernaux palus,
    de la tribu de Juda.

    Car je trouve dans le Coran une Soutra entiére sur Marie-Maryam.
    Je vous conseille de lire le chapitre qui lui est consacré dans le livre “Juifs Chrétiens Musulmans” auquel participe notre ami Olivier de Berranger.

    Péguy, profondément réaliste pouvait difficilement rogner les croisades de Jeanne. Il lui a fallu du temps pour faire sortir des croisades : la paix. Alors qu’on s’entre-tue entre chrétiens, musulmans, juifs, Joinville nous laisse entrevoir la paix, comme chez Dadoun, lui aussi profondément réaliste, l’éros-agapé sort de l’éros. (voir ACP no 47 p. 173).
    Quoi de plus charnelle-incarnée, que la Jeanne de Péguy qui se donne toute entiére pour le salut de son peuple ?
    Comme le dit Jules Michelet dans son “Histoire de France”:

    “Ce n’est que quelques minutes avant sa mort “qu’elle n’entendit plus le salut au sens judaï̈que et matériel, comme elle l’avait fait jusque-là, qu’elle vit claire enfin, et que sortant des ombres, elle obtient ce qui lui manquait encore de lumiére et de sainteté”.

    Il est remarquable qu’à la fin de l’Apocalyspe ce n’est pas nous qui montons au ciel, mais le bon Dieu qui revient planter sa tente parmis nous pour habiter avec nous au sens Judaï̈que du terme!
    Bien cordialement.
    P.A. (Paul Arnaud de l’Amitie Charles Peguy)

  9. #9 by arnaud paul on 5 juillet 2012

    Cher Amin Malouf,
    J’ai introduit dans mon texte tout un passage sur vous mê̂me et Saladin à la suite du Pacha Hussein Bey.
    En vous souhaitant une bonne santé, je vous informe que ce texte sera publié dans “Echanges et dialogue” dans le cadre d’un numéro sur Péguy et les religions qu’anime Claire Daudin. Péguy et l’Islam, Péguy et le judaï̈sme, mais aussi Péguy et le poéte coréen, moine bouddhiste Han Yong Un à la suite de la thése de Kang Seung Hi sur Péguy et Han Yong Un que l’Université de Metz à mise en accés directe.
    Bien cordialement.

    Au roc des Maures,
    Jean François Durand.
    et à Serge-Azide Lorougnon
    en dialogue
    avec l’immam Cissé Djiguiba.

    Charles Péguy et l’Islam,

    Je ne peux, pour ma part, commencer une étude sur Charles Péguy et l’Islam, sans penser aux 1150 hommes marocains morts aux cotés de Péguy le 5 septembre 1914 à Villeroy. (voir : ” La brigade marocaine et la bataille de la Marne” du Maréchal Juin”.)
    J’admire beaucoup une carte postal de l’époque sur laquelle on voit des tirailleurs marocains soignant un blessé allemand prés de Villeroy.
    Connaissez vous une meilleurs illustration de l’histoire du bon samaritain ?
    Alors que les samaritains étaient considérés de haut à l’époque, c’est chez eux que le Juif Jésus trouve le meilleurs exemple, de l’amour du prochain. (Le bon samaritain est trés proche du marchand de tapis arabe d’aujourd’hui qui passe de porte en porte.)
    Je ne trouve nulle part une vision aussi profonde d’un dialogue entre un chrétien et un musulman que celle décrite par Péguy dans sa “Note conjointe sur Descartes et la philosophie cartésienne”. p. 186 mais aussi p. 193-194 de l’édition Gallimard 1969 (ou III p. 1375-1376 et 1381-1382).
    Chacun, dans ce dialogue entre chrétiens et musulmans : celui que l’on nomme “fidéle” comme celui que l”on nomme “infidéle”, doit exister dans sa plénitude. De là, nous dit Charles Péguy, cette comparaison d’honneur, cette joute constante de courtoisie qui s’établit rapidement dans la croisade entre tout homme de chevallerie franque et tout homme de “chevallerie” musulmane.
    Le duel est devenu dialogue entre l’un et l’autre.
    Nous sommes ici trés proche, de ce que dit du duel Kwame Anthony Appiah dans son livre : “Le code d’honneur comment adviennent les révolutions morales” (Trad. par Jean-François Sené, Gallimard 2012). Le duel y devient dialogue entre l’un et l’autre.
    Pour Charles Péguy, il ne suffit pas que le chrétien vainque dans son systéme de mesure. Il faut encore qu’il vainque dans le systéme de mesure de l’autre.
    C’est ainsi qu’il ne suffit pas que le saint : “saint Louis” soit considéré comme saint par le sire de Joinville, dans son systéme de mesure. Il faut encore qu’il soit considéré comme : “saint” par quelque chroniqueur musulman, dans son systéme de mesure.
    Péguy nous parle ici dans la langue de Joinville. C’est ainsi qu’il nous parle “de l’honneur infidéle”. C’est à dire, l’honneur de ceux que l’on nomme “infidéles”. où encore, comme on les nommait à l’époque: “les sectateurs du faux Dieu”, “(ils adorent Mahom)!”
    Ouvrons ensemble le : Joinville – Vie de Saint Louis – Texte établit, traduit, présenté et annoté, avec variantes par Jacques Monfrin. (Garnier-Livre de poche).
    Jacques Monfrin dans son avant-propos nous dit : “Ce livre est une oeuvre strictement personnelle : Joinville ne suit aucun modèle. C’est un seigneur champenois qui raconte ses souvenirs naturellement et sans recherche.” Je trouve pour ma part qu’Il y a une parenté entre le style de Joinville et celui de Péguy.
    Péguy va jusqu’à citer Joinville presque littéralement en particulier ce que Joinville fait dire par un Sarazin à un compagnon de Saint Louis :
    (paragraphe 448)
    “Vous avez des maî̂tres qui vous permettent de connaî̂tre quand vous faites le bien et quand vous faites le mal. C’est pourquoi Dieu vous sait plus mauvais gré d’un petit péché, quand vous le commetez, qu’à nous d’un grand qui n’en connaissons point …”.
    Chez Péguy (III p. 1376), sur “les sectateurs de Mahon” : “Ils sont des ignorants ; et par conséquent et en un certain sens des innocents… Ils ne peuvent pas pécher comme nous.”

    Il nous faut ici remarquer que Péguy, par la joute de courtoisie qu’il nous présente, marche trés profondément dans le mê̂me sens que son maî̂tre Henri Bergson qui place toujours à leur maximum ceux avec qui il dialogue. Pour ne prendre qu’un exemple, dans “L’ évolution créatrice” p. 346 il dit, avant de dialoguer avec eux, de Spinoza et Leibnitz. Nous ne méconnaissons pas les trésors d’originalité que renferment les doctrines de Spinoza et Leibnitz …
    Dans la filiation de Péguy à Bergson, je vois, pour ma part, une pure image de la filiation entre christianisme et judaï̈sme.

    On peut se demander et je le fais moi-mê̂me, si Péguy n’a pas lu la déclaration faite par le pacha Hussein-Pacha-Bey en 1830 dans laquelle le pacha précéde Péguy pour la louange de Saint Louis mort devant Tunis le 25 aoû̂t 1270. Il incarne tout à fait ce “chroniqueur musulman” qui considére Saint Louis comme un “saint” dans son systéme de mesure :

    « Louange à Dieu l’Unique, auquel retournent toutes choses !
    Nous cédons à perpétuité à Sa Majesté le roi de France un emplacement dans la Malka, suffisant pour élever un monument religieux en l’honneur du roi Louis IX à l’endroit où ce prince est mort. Nous nous engageons à respecter et à faire respecter ce monument consacré par le roi de France à la mémoire d’un de ses plus illustres aïeux. Salut de la part du serviteur de Dieu, Hussein-Pacha-Bey. Que le Très-Haut lui soit favorable ! Amen.
    Le 17 de safar de l’année 1246. Fait au Bardo le 8 août 1830. Au consul général Mathieu de Leseps ».

    Je trouve dans le livre de Amin Maalouf : “Les croisades vues par les Arabes”, celui qui dans mon systéme de mesure est le “saint” du monde arabe qui correspond le mieux à Saint Louis. Il s’agit bien entendu de Saladin (Salahedden).
    Je trouve encore un autre point commun entre Amin Maalouf et Joinville, c’est l’expréssion directe de ceux qui expriment ce qu’ils ont vécu.

    Mais revenons à la “Note sur Descartes…”, nous remarquons que Charles Péguy y transfigure le point de vue de son ami Ernest Psichari petit fils de Ernest Renan qu’ Il nous rapporte dans les derniéres pages de son “Victor Marie conte Hugo” ( III pp. 342-345). On y voit Psichari militaire au fin fonds de la Mauritanie avec comme auxiliaire quelques bons mousquetons se confier par lettres à Charles Péguy.
    Le cher Robert Burac, dans le compte rendu qu’il fait du “Péguy-Senghor” dirigé par Jean-François Durand, attire notre attention sur l’admiration et le respect manifesté par Ernest Psichari pour les Maures, une noble et antique race qui se rattache à l’orient mystique. (“L’amitié Charles Péguy” no 77 p. 55). C’est en grande partie pour cette raison, nous dit t’il, que Charles Péguy éprouve de la sympathie pour Ernest Psichari.
    C’est probablement aussi parce-qu’il pense qu’il vaut mieux, dans un premier temps et pour les évolutions à venir, que ce soit la République française plutô̂t que l’Empire allemand qui s’infiltre là-bas.
    Dans sa “Note sur Descartes…”, (ce cavalier français parti d’un si bon pas). Péguy fait, sans le nommer, passer Ernest Psichari de la guerre, avec ses mousquetons, à la Paix, au cô̂té de l’ arménien Polyeucte, de la lorraine Jeanne et bien entendu du Saint Louis de Joinville.

    La Jeanne d’Arc de Charles Péguy exprime, comme tous les jeunes de son époque, son souhait de partir en croisade:

    “pour que (ceux qu’on nomme) les mécréants infidéles soient chassé de la terre sainte”.

    Elle remarque cependant : “qu’il ne sont peut-ê̂tre pas condamnés à ê̂tre perpétuellement infidéles”. (Oeuvres poétiques p. 1240 et 1243).

    Allons maintenant jusqu’au boû̂t avec Péguy pour qui les véritables “infidéles” ne sont problablement pas où on pense:

    Ceux que l’on nomme des” infidéles” sont beaucoup plus des “contre-fidéles” (p. 200 où III 1386). Alors que Jeanne d’Arc eut à accomplire sa mission dans un peuple d’infidélité (au coeur m̂̂eme de France!), au milieu d’un peuple invétéré infidéle, au milieu d’un peuple habituellement (Bergson) tombé en état d’infidélité.
    Au milieu de ce peuple d’infidéles elle garde pourtant toute sa jeunesse qui va jusqu’à la perception d’ un Dieu neuf : “l’invention mê̂me de Dieu” (III 1384),
    “Un Dieu lui mê̂me jeune ensemble qu’éternel”,
    un Dieu qui n’est pas tombé du ciel “tout fait”, car Dieu mê̂me a été dans l’histoire d’Israë̈l un événement. L’expérience est venu au devant de nous depuis “le commencement des commencement”. (III 1280).
    Descartes est sûrement parti d’un trés bon pas, mais il a trop voulu déduire . Il ne s’est pas placé de façon assez radicale dans ce qu’il a pourtant appelé “la création continuée” (page 345 de “l’Evolution créatrice” surtitrée Descartes). C’est de cette page qu’ à mon sens la “Note sur Descartes” est elle-mê̂me la note.

    La Jeanne de Péguy tire sa source des textes du procés publiés par Quicherat (1841-1849) (réédité dans la Jeanne d’arc sainte ou sorciére de Max Gallo avec la Jeanne d’Arc de Henri-Alexandre Wallon 1860 aux éditions Garnier 2011), mais aussi du Saint Louis de Joinville. Elle y tiens le mê̂me language sur l’Islam que celui que Joinville nous rapporte.
    Rappelons les dates de Saint Louis, Joinville, Jeanne : Saint Louis (1214-1270), Joinville (1224-1317) Jeanne (1412-1431). Rappelons encore que La Synagogue aux yeux bandées de la cathédrale de Strasbourg que j’admire beaucoup date de la mê̂me époque : 1230. Elle est d’auteurs inconnus et trés proche de Jeanne sur son bucher. Elle à probablement été scuptés, à mon sens, par des Juifs infiltrés (comme le dit de Bergson l’antisémiste Léon Daudet).
    Qu’on me permette d’introduire ici quelques mots sur la petite juive Marie aux “sept douleurs”:

    Dame du ciel régente terrienne
    empériére des infernaux palus,
    de la tribu de Juda.

    Car je trouve dans le Coran une Soutra entiére sur Marie-Maryam.
    Je vous conseille de lire le chapitre qui lui est consacré dans le livre “Juifs Chrétiens Musulmans” auquel participe notre ami Olivier de Berranger.

    Péguy, profondément réaliste pouvait difficilement rogner les croisades de Jeanne. Il lui a fallu du temps pour faire sortir des croisades : la paix. Alors qu’on s’entre-tue entre chrétiens, musulmans, juifs, Joinville nous laisse entrevoir la paix, comme chez Dadoun, lui aussi profondément réaliste, l’éros-agapé sort de l’éros. (voir ACP no 47 p. 173).
    Quoi de plus charnelle-incarnée, que la Jeanne de Péguy qui se donne toute entiére pour le salut de son peuple ?
    Comme le dit Jules Michelet dans son “Histoire de France”:

    “Ce n’est que quelques minutes avant sa mort “qu’elle n’entendit plus le salut au sens judaï̈que et matériel, comme elle l’avait fait jusque-là, qu’elle vit claire enfin, et que sortant des ombres, elle obtient ce qui lui manquait encore de lumiére et de sainteté”.

    Il est remarquable qu’à la fin de l’Apocalyspe ce n’est pas nous qui montons au ciel, mais le bon Dieu qui revient au sens Judaï̈que du terme!
    Bien cordialement.
    P.A.

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