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Les mots voyageurs – 7 – Franc


Le mot “franc” a tant de significations différentes que je me dois de préciser, dès les premières lignes, que cet article s’intéresse uniquement à son usage monétaire; et même, de manière bien plus restreinte encore, à un “franc” que j’ai connu dans mon enfance, qui a disparu depuis, et pour lequel j’éprouve de la nostalgie. Non pas le franc français, ni le franc belge, que j’ai palpés l’un et l’autre pour la première fois à l’âge de quinze ans, lors de mon premier voyage en Europe, et dont le remplacement par l’euro ne m’attriste guère; mais un franc méconnu, clandestin, qui s’est éteint sans bruit – le franc libanais.

Ce qu’on appelait “franc”, au Liban, et qu’on prononçait “freink”, c’était la pièce de cinq piastres, la plus petite qui fût encore d’usage courant du temps de mon enfance. Pourquoi “franc”? Parce qu’au temps du mandat français au Liban et en Syrie, lorsqu’on créa la monnaie nationale, la livre, sa valeur était de vingt francs; et comme la livre était divisée en 100 piastres, les cinq piastres valaient un franc. Tant que la pièce correspondante était en circulation, on ne l’a jamais appelée autrement que “franc”. Dans certaines régions du pays, on allait même plus loin, puisqu’on appelait la pièce de 10 piastres “deux francs”, et celle de 25 piastres “cinq francs”.

Bien entendu, ces monnaies n’avaient plus aucun rapport avec le franc. Et, de toute manière, les appellations étaient purement dialectales. L’inscription sur les pièces était en deux langues, mais dans aucune il ne s’agissait de “francs”. En français, on donnait la valeur en piastres, et pour l’arabe en “qouroush” ou “ghouroush” – au singulier “qirsh” ou “ghirsh” – un nom de monnaie qui rappelle l’allemand “groschen”, et dont l’origine  remonte à l’italien “grosso” – au pluriel “grossi” – qui désignait autrefois les pièces épaisses.

Avec le passage des siècles, le sens avait dérivé. La “grosse” avait rapetissé, jusqu’à devenir la  pièce de monnaie la plus menue de toutes. Celle que j’ai connue était grise et légère, elle semblait faite en fer blanc. Et un jour, elle  a tout simplement disparu. Non à la suite de quelque réforme monétaire, mais en raison d’un effondrement de sa valeur.

Longtemps la livre libanaise avait été stable; dans ma jeunesse, elles fluctuait au voisinage de 30 cents américains, ce qui veut dire que le “franc” libanais valait autour d’un cent et demi, et il frôlait parfois les deux cents. Mais au milieu des années 1980, la monnaie nationale s’est écroulée; après une chute vertigineuse, elle a pu être stabilisée, mais à un seuil très bas; si notre infortuné “franc” existait encore, il en faudrait aujourd’hui plus de 300 pour acheter un cent à l’effigie d’Abraham Lincoln. Les “francs” et les “piastres” n’ont plus cours au Liban; la plus petite pièce que j’aie eu entre les doigts ces dernières années valait 250 livres, soit cinq mille “francs”.

Victime de la guerre, notre “franc”? Pas vraiment. La dérive avait commencé bien avant. Lorsque j’allais à l’école primaire, c’est-à-dire dans la deuxième moitié des années cinquante, je m’arrêtais parfois chez l’épicier du coin, où la pièce d’un franc m’achetait encore un chewing-gum made in USA ou une petite tablette de chocolat au lait made in Lebanon. Mon père me racontait que lorsqu’il était étudiant, au milieu des années trente, un franc était une somme respectable – à une piastre il achetait son journal, pour une autre piastre il se faisait couper les cheveux, et avec les trois piastres restantes il pouvait déjeuner dans son restaurant habituel…

Lorsque j’ai commencé à travailler au début des années soixante-dix, les pièces de cinq piastres ne se trouvaient plus dans les poches que pour faire l’appoint; on n’achetait plus rien avec. Et lorsqu’on les mentionnait, c’était  presque toujours pour une métaphore, comme dans l’expression “ma byesswa freink“, “ça ne vaut pas un franc”, comme en France on dirait “ça ne vaut pas un clou” – expression méprisante que l’on appliquait parfois à des objets, et parfois même à des personnes.

Cette expression restera, très probablement, bien après qu’aient disparu tous ceux qui, comme moi, ont acheté leur premières confiseries à l’aide du regretté freink.

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  1. #1 by Karim Bouamama on 18 août 2009

    “Myat frak”

    Depuis 1964, la monnaie algérienne s’appelle le dinar et est divisé en 100 centimes. Cependant, il y a au moins deux pièces de monnaie algériennes qui continuent à garder leur dénomination d’antan :
    la pièce d’un dinar prononcée dans le parler algérien “myat frak” (littéralement cent francs) et la pièce de 10 dinars prononcée “alf frak” (mille francs).

    Pour comprendre l’origine de cette anomalie parcourons un peu l’histoire.

    L’Algérie était colonisée par la France de 1830 à 1962. De 1848 à 1960, la monnaie utilisée en Algérie était le franc algérien. Sa parité était identique à celle du franc français En 1960, tout comme en France métropolitaine, il est réévalué avec un taux de 100 francs algériens = 1 nouveau franc algérien. En 1964, la monnaie algérienne devient le dinar, mais la confusion entre anciens et nouveaux francs se transmettra au dinar. Ainsi, dans l’esprit des gens un dinar vaut 100 anciens francs. C’est de cette façon que l’on s’est retrouvé avec des pièces de “cents” et “mille francs”.

    Il y a une autre appellation qui existe, mais dont je n’ai pas réussi à retrouver l’origine c’est le “doro”.

    En effet, dans le parler algérien on dira “doro” pour la pièce de 5 centimes (aujoud’hui disparue), 20 doro (âchrine doro) pour un dinar, 100 doro (mya doro) pour cinq dinars.

    Si l’on remonte un peu dans le temps on trouve que de 1808 à 1839, la monnaie qui avait cours était le “budju algérien”. Celui-ci était divisé en 24 muzuna, qui valait chacun 2 kharub ou 29 asper. Il y avait aussi le sultani qui était une piéce en or. Toutefois, nulle trace de ce “doro”.

    S’agit-il d’une subdivision par rapport à l’or ? Emprunté à l’italien ou l’espagnol et qui partant de “d’oro” ou “de oro” aurait donné doro ? !

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Dinar_alg%C3%A9rien
    http://en.wikipedia.org/wiki/Algerian_franc
    http://en.wikipedia.org/wiki/Algerian_budju
    http://pagesperso-orange.fr/macollectiondepieces/afrique/algerie.htm
    http://www.bahdja.com/aintik/society1.htm

  2. #2 by Fadi Abillama on 18 août 2009

    Merci beaucoup pour ce bel exposé, et aussi pour les images de pièces de monnaie, belle collection… Merci aussi à Karim pour son exposé sur la monnaie algérienne et ses appellations.
    Les noms de monnaies sont aussi des traceurs de l’histoire et de ses échanges, et ils ont la vie dure. Il est intéressant de voir que jusqu’aujourd’hui, dans beaucoup de pays arabes et certains de l’ancien empire ottoman, les monnaies nationales portent le nom des anciens denier (dinar; byzantin, basé sur l’or) ou drachme (dirham, persan ou mède, basé sur l’argent). Souvenir du temps où le Moyen-Orient était partagé entre ces deux influences, politique et monétaire? Monsieur Maalouf, est-ce bien cela?

  3. #3 by Paris marcheur on 18 août 2009

    Bravo pour tous ces voyages !

  4. #4 by Mohamed Amine on 6 mars 2012

    Alf frank (dans l’est algerien) ou Alf frak dans le centre algerien pour dire 10 Dinars (DA).
    alfin frak (deux milles frank = 20DA), puis on laisse tombe le frak pour dire taltalaf (a alger) ou thalthalaf (dans le reste du pays) pour dire trois milles (sous entendu francs) egale a 30DA et ca continue, on dis soit on a arabe ou en francais 10 000, 20 000 (sous entendu francs) et egale a 100 et 200 DA, 100 000 “miyat Alf” egale a 1000DA, puis 1 millions “malyoun” egale a 10 000DA, 100 millions ” miyat malioun” egale a 1 million de dinars, et 1 milliard (des fois en dis 1 milliard de centimes dans les journaux alors que c un milliard de francs si l’on compte bien) egale a 10 millions de dinars. en commencant par un dinars egale a 100fracs, il suffit de divise le fracs par 100 mais on a du mal toujour lorsqu’on ecrit des cheques. Une exception il ya le Douro utilise pour les pieces inferieure a 1DA (miyat frac, 100francs) 5centime de dinars = 1 douro, 1 Dinars = 100frac ou 20 Douro, le douro n’est utilise que pour les piece inferieure a 1 DA, la piece de 1 dinar ce dis en douro ou en franc , myat frac ou achrin douro, la piece de 2DA ne se dis qu’on douro et jamais en franc, 40 douro, rabiyiin douro, la piece de 3DA se dis teltmiya 300 sous entendu francs, jamais en dorou, 4 Dinars pareil 400francs, la piece de 5DA se dis en dourou 100 dorou (assez rare) et souvent en francs, 500 francs, et la le dorou et fini aucune autre pieces ne se dis en Dorou.

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