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Un sauveur? Non. Mais un espoir…


Le printemps de Washington – 2 -

Chronique du 17 juillet 09.

Un grand écrivain portugais, Miguel Urbano Rodrigues, me reproche de parler de Barack Obama comme s’il s’agissait d’un sauveur, d’un messie. Cette critique me paraît excessive, même si je reconnais que j’attends beaucoup du président américain, et que j’ai vu dans son élection un événement quelque peu providentiel. Mais ce qualificatif, sous ma plume, est simplement synonyme d’inespéré. Je suis un adepte de la raison, sinon dans les comportements, du moins dans l’analyse. Je m’efforce de comprendre, sans œillères d’aucune sorte, avec lucidité.

Ce que j’ai apprécié chez Obama, le candidat d’abord, le président ensuite, c’est justement qu’il s’adresse à la raison, non à l’instinct, ce qui est une attitude de respect envers ses auditeurs, et aussi, de mon point de vue, la seule attitude honorable dans une démocratie. Lorsqu’on cherche à manipuler son auditoire au lieu de le convaincre, la démocratie se vide de son sens.

C’est d’ailleurs la raison, elle seule, qui me fait attendre d’Obama qu’il réalise de grandes choses. Le monde se porte mal, et c’est en grande partie la faute des États-Unis. C’est la première puissance mondiale, elle joue un rôle déterminant dans tout ce qui se passe sur cette planète, et son comportement au cours des dernières années a souvent aggravé les crises plutôt que d’aider à les résoudre.

Je viens de consacrer un livre à tous ces dérèglements – stratégiques, économiques, intellectuels, éthiques, climatiques… – dont souffre le monde; je suis persuadé que des périls graves nous menacent, et qu’il est urgent de se ressaisir, pour essayer de traverser cette zone de turbulences. Mais je ne veux pas parler ici de mon livre. Dans cet espace de réflexion, je ne m’exprime pas en auteur, je m’exprime simplement en citoyen inquiet. Profondément inquiet, oui, mais qui cherche, avec ferveur, des raisons de garder espoir.

L’avènement d’Obama représente, jusqu’à preuve du contraire, l’une des plus fortes raisons d’espérer. Il y a deux ans encore, je connaissais à peine le nom. Depuis, il a opéré une ascension fulgurante, et pour de bonnes raisons. Il a identifié avec  justesse les problèmes prioritaires, il a expliqué aux États-Unis qu’ils devaient restaurer leur crédibilité morale et modifier leur attitude à l’égard du reste du monde, notamment envers le monde musulman. Et, en dépit des origines africaines de son père – mais peut-être aussi, paradoxalement, grâce à ces origines – il a réussi à se faire élire, devenant, de ce fait, l’homme le plus puissant de la planète. Est-ce déraisonnable d’espérer de lui qu’il modifie le cours des choses, tant en Amérique qu’au plan global?

Les innombrables personnes, jeunes ou moins jeunes, qui l’applaudissent où qu’il aille, voient-elles en lui un messie, ou une rock-star? Je ne le crois pas. Ces personnes ont tout simplement conscience de vivre une époque difficile, périlleuse, et elles voient dans cet homme une raison d’espérer. Parler, à propos de ces jeunes, d’Obamamania, est réducteur, et insultant. Ce que manifestent la plupart d’entre eux, c’est un espoir politique réfléchi, généreux, légitime.

Un espoir que je partage, avec passion, mais aussi avec lucidité. Sous ce titre, “Le printemps de Washington”, j’envisage de tenir une chronique personnelle où je transmettrais, comme dans une “réflexion à voix haute”, mes joies, mes déceptions, mes interrogations. Un printemps que je souhaite durable, fructueux, fondateur, mais que j’observerai sans complaisance. Ma prochaine chronique, que j’ai commencé à préparer, semble devoir porter certaines inquiétudes…

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  1. #1 by Paolini Corinne on 18 juillet 2009

    Bonjour,
    Il est des espérances qui s’imposent de par le contexte qui les incarnent; Reste à espérer pour Barak Obama que l’humain trop humain ne brûle trop vite ces merveilleuses pousses printanières.
    Plaisir de vous lire, toujours renouvelé.

  1. Pas encore de rétrolien.

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