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Je confesse une certaine impatience…


Le printemps de Washington – 5 -

Chronique du 26 juillet 09.

J’avais écouté, puis lu attentivement, le discours du président Obama à l’Université du Caire, le 4 juin dernier. Il m’était apparu comme un discours fondateur. Fondateur d’une solution durable au Proche-Orient, et fondateur d’une réconciliation historique entre l’Occident et le Monde arabo-musulman; ce qui va de pair. Je l’avais écrit, et je continue à le penser. Mais je confesse, en la matière, une certaine impatience. Je ne vois pas se dessiner une approche nouvelle des négociations de paix; j’ai plutôt l’impression que l’on revient aux pratiques diplomatiques habituelles, celle qui n’ont servi jusqu’ici qu’à perpétuer le conflit.

On va me rétorquer, bien sûr, qu’un conflit qui dure depuis plusieurs décennies ne se règle pas en quelques semaines. C’est vrai, en apparence. Mais en apparence seulement. Comme lorsqu’on dit qu’avec un petit pas, un autre petit pas, et encore un autre, on s’approche forcément de la paix. Cela paraît logique, évident, mais c’est une fausse évidence.

Dans un conflit de ce genre, où les populations éprouvent une profonde méfiance les unes envers les autres, il est indispensable de proposer une solution globale, pour que chaque peuple sache exactement où il va; sinon on ouvre la voie aux surenchères, qui favorisent les factions les plus dures. C’est ce qui s’est constamment produit au Proche-Orient au cours des dernières décennies. On a multiplié les initiatives, les conférences, les plans, les feuilles de route, on s’est égaré dans des palabres interminables, et dans les deux camps les éléments les plus intransigeants ont gagné.

Dans son discours à l’Université du Caire, Obama montrait qu’il avait conscience de cette réalité, et qu’il n’allait pas se laisser entraîner vers les sables mouvants. Il laissait entendre qu’il ne se contenterait pas d’un rôle d’intermédiaire ou de facilitateur. “Nous ne pouvons pas imposer la paix, disait-il. Mais, en privé, beaucoup de musulmans reconnaissent qu’Israël ne disparaîtra pas, et beaucoup d’Israéliens reconnaissent la nécessité d’un État palestinien. Le moment est venu pour nous d’agir sur la base de ce que chacun sait être vrai.”

Cette dernière phrase définissait clairement l’approche volontariste que le président envisageait. Il n’a pas appelé les parties à se réunir pour exposer leurs points de vue. A quoi bon les entendre pour la centième fois? On sait ce que les uns et les autres sont obligés d’affirmer en public, et ce qu’ils reconnaissent tout bas. C’est maintenant à “nous” – les États-Unis – d’agir.

Aussitôt, son émissaire George Mitchell s’envolait pour le Proche-Orient, porteur de ce même message: un plan global va être présenté sous peu, nous attendons de tous qu’ils lui fassent bon accueil. La rumeur, à Washington, était que les grandes lignes du plan de paix seraient proposées dès le 15 juin. Six semaines se sont écoulées, au cours desquelles on a commencé à entendre des propos désespérément familiers, sur le fait qu’Israël devrait, pour le moment, geler la colonisation, et qu’en échange les pays arabes devraient accorder à la compagnie El-Al le droit de survoler leur territoire… Dans le jargon de Washington, on appelle cela “confidence building measures”, des mesures pour bâtir la confiance; à mes yeux, je les appellerais plutôt “momentum breaking measures”, des mesures dont le seul résultat serait de briser l’élan.

J’espère me tromper, j’espère que c’est mon impatience qui parle, mais j’ai l’impression que l’élan s’est effectivement affaibli, ramolli. Hier, l’émissaire Mitchell est revenu au Proche-Orient pour une nouvelle tournée. J’ai écouté attentivement ses déclarations à Damas. Il cherche à donner l’impression que la détermination de son président est toujours intacte. Mais il manque à ses propos le sens de l’urgence, et j’ai le sentiment qu’il cherche à convaincre ses interlocuteurs d’une chose dont lui même commence à douter…

Une fois encore, j’espère me tromper. J’espère avoir l’occasion de faire bientôt dans ce blog, dans ces chroniques consacrées au “printemps de Washington”, un mea culpa humble et fervent. J’espère avoir l’occasion de dire que cette baisse de régime était due aux événements d’Iran, ou à la nécessité de préparer un plan de paix adéquat, ou à d’autres facteurs, mais que la nouvelle administration reste manifestement décidée à mettre fin une fois pour toutes à ce conflit. Lequel, sous des dehors de conflit local, est devenu en réalité un conflit planétaire. L’un des plus toxiques et des plus meurtriers.

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  1. #1 by Pascal Meyniel on 27 juillet 2009

    Le gouvernement des Etats-Unis est bel et bien étroitement allié à Israel pour des raisons économiques (pétrole) et stratégiques. Les Etats-Unis livrent effectivement en permanence des tonnes d’armement à Israel.
    Comment peut-on s’imaginer que les déclarations d’Obama soient autre chose que la mince couverture verbale chargée de dissimuler pudiquement les faits ?
    Les nations de notre vielle terre n’ont malheureusement pour l’instant pas encore décidé sérieusement de collaborer ensemble – l’ONU est une moquerie de polichinelle – et aucune instance internationale n’est actuellement en mesure de limiter la production ni l’usage cynique et cupidement interressé des armements.

  2. #2 by Oussama on 27 juillet 2009

    J’avoue que j’ai du mal à croire à une solution qui viendrait “d’en haut”. Les électeurs US se sentent certainement plus concernés par la crise économique, la réforme du système de santé américain (et, soyons lucides, par American Idol) que par un conflit qui, s’il n’en est pas moins dramatique, n’affecte pas leur vie quotidienne de manière visible. Je ne parle pas, bien entendu, des lobbies pro-israëliens.

    Au risque de passer pour un naïf, je suis persuadé que la solution viendra des sociétés civiles israëlienne, palestinienne, européenne et américaine. Au même titre que l’action inlassable de Greenpeace, du Sierra Club (etc.) a forcé les gouvernants à s’intéresser à l’environnement, il faut, je pense, inciter de l’intérieur les gouvernants américains à peser de tout leur poids dans la balance (incentives building measures?).

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