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Ce que devient l’initiative d’Obama. Deux hypothèses…


Le printemps de Washington – 6 -

Chronique du 29 juillet 09.

C’est un véritable carrousel diplomatique que les États-Unis exécutent au Proche-Orient depuis quelques jours. Je l’observe, j’écoute les nombreuses déclarations, je lis les commentaires, et je m’efforce de comprendre ce qui se passe réellement.

Est-on en train de mettre en place la solution ébauchée par le président Obama lors de son discours à l’Université du Caire le 4 juin dernier, à savoir une paix régionale “compréhensive”, à laquelle tous les pays et tous les peuples seraient associés, qui prendrait en compte les préoccupations et les revendications de chacun, et dont la pierre angulaire serait la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël?

Ou bien est-on en train de revenir à une approche traditionnelle du conflit, c’est-à-dire à un long processus de négociation, où les différents protagonistes seraient invités à se réunir, à bâtir patiemment entre eux une relation de confiance, et où Washington ne jouerait qu’un rôle d’intermédiaire et de facilitateur?

De mon point de vue, seule la première voie pourrait mener à la paix, et je suis persuadé que si elle aboutissait, tous les peuples de la région y trouveraient leur compte, et à terme tout le monde – y compris une bonne partie des hommes politiques intransigeants en Israël, en Palestine et dans l’ensemble du Monde arabe -  oui, même ceux qui, aujourd’hui, s’en méfient, finiraient par s’en féliciter. L’autre voie, en revanche, n’a jamais conduit qu’à des désillusions, à un durcissement dans tous les camps, et à un regain de violence.

Ayant annoncé ainsi sans ambiguïté mes préférences, je m’empresse d’ajouter qu’à l’instant où j’écris ces lignes, je ne suis pas encore en mesure de dire dans quelle voie se dirige la diplomatie américaine qui s’active. Les deux hypothèses sont plausibles, et je ne sais pas encore laquelle va se vérifier. A certains moments, je me dis que l’initiative d’Obama piétine; à d’autres moments, je me dis qu’elle est en train de se mettre en place.

La logique du blog

Si je ne tenais pas ce journal en ligne, j’aurais attendu d’être fixé avant de prononcer mon verdict. L’intérêt de la démarche que j’ai entamée, c’est justement de permettre à l’observateur concerné que je suis de communiquer à chaque étape son sentiment, et même de dévoiler sa manière de s’informer, d’analyser, de réfléchir, d’évaluer. Dévoiler aux autres, mais aussi à soi-même, parce qu’en s’obligeant à écrire, à formuler, on prend conscience de certaines choses qui seraient restées confuses.

Puisque j’ai ouvert cette parenthèse, je vais la garder ouverte quelques instants de plus; pour dire que, lorsque j’essaie de m’informer, de comprendre, je garde constamment à l’esprit deux règles d’or. La première, c’est que nous sommes à l’ère de la communication, et que les propos des responsables doivent être considérés non comme une expression de la réalité, mais comme une formulation de ce qu’ils ont décidé de communiquer. La seconde, c’est que nous sommes aussi, paradoxalement – et fort heureusement! – à l’ère de la transparence, vu que tout ce qu’on aimerait savoir, et tout ce que les uns et les autres aimeraient cacher, est dévoilé quelque part sur la Toile. Il faut simplement savoir chercher, et surtout savoir évaluer, savoir faire le tri entre les propos qui éclairent la réalité, et ceux qui la brouillent ou qui l’obscurcissent, volontairement ou pas.

Mais je referme la parenthèse pour revenir à mon interrogation de départ: l’activité diplomatique américaine au Proche-Orient signifie-t-elle que l’initiative d’Obama se met soigneusement en place, ou bien qu’elle est déjà remise en cause, pour ne pas dire abandonnée?

Ce qui semble accréditer la première hypothèse, c’est que les responsables américains qui se rendent dans la région sont précisément ceux dont la contribution serait essentielle si l’on était en train de rédiger un traité de paix. Celui-ci devrait comporter la création d’un État palestinien sur des territoires dont Israël se retirerait; des dispositions de sécurité pour que les Israéliens ne perçoivent pas ce retrait comme une menace pour leur sécurité; une normalisation des relations entre Israël et ses voisins; et très certainement aussi un très important fond de développement et de compensation – financé par les Américains, les Européens, les Japonais, les Chinois, ainsi que les pays du pétrole – afin d’encourager les Palestiniens comme les Israéliens à s’engager résolument dans la voie de la paix.

La principale caractéristique des visiteurs américains, c’est qu’ils sont habilités à fournir des assurances sur l’aspect militaire et sécuritaire d’un éventuel accord. Il y a là, en effet, le secrétaire à la défense Robert Gates; le général James L. Jones, conseiller du président Obama à la sécurité nationale; l’ambassadeur Dennis Ross, qui a la haute main sur le Proche-Orient au sein du Conseil de Sécurité nationale; en plus de l’ancien sénateur George Mitchell, envoyé spécial du président dans la région, et qui a pour mission de gérer les contact avec les différents protagonistes. Une incontestable mobilisation, dont on est en droit d’attendre des résultats significatifs.

N’est-ce pas encourageant? Si, dans une certaine mesure. Mais pas encore suffisamment, à mes yeux, pour écarter la seconde hypothèse, celle d’un piétinement, et d’un possible déraillement du processus. Je suis persuadé que rien n’avancera si on ne rassure pas Israël; encore faut-il que les mesures prises pour le rassurer ne rendent pas la paix “insignable” pour les dirigeants palestiniens, comme pour le reste du monde arabe.

Je vais être plus précis: tout ce qui concerne le rapport de forces militaire ne m’inquiète pas. L’opinion arabe sera sans doute choquée d’entendre que la future Palestine sera dépourvue d’armée. Mais, quand on y réfléchit, il serait illusoire d’imaginer que la protection de ce jeune État sera assurée par sa propre armée; sa seule véritable protection sera dans les garanties internationales; et plutôt que de s’engager dans une course aux armements qui le ruinerait, il devrait prendre exemple sur le Japon de l’après-guerre et aspirer à la réussite économique à l’abri de ses frontières garanties.

En revanche, si la mosquée d’al-Aqsa, par exemple, demeurait sous administration israélienne, ce ne serait même pas la peine de signer un traité de paix, parce que les mouvements militants continueraient à mobiliser autour de cette question, du Maghreb jusqu’à l’Indonésie, pendant les cent prochaines années.

En d’autres termes, tout ce qui relève authentiquement des préoccupations de sécurité peut trouver sa place dans un accord; tout ce qui touche au territoire et aux symboles doit être manié avec d’infinies précautions.

Je ne sais pas encore à quoi ressemblera le projet d’accord à la suite de toutes les tractations en cours. En toute sincérité, je m’interdis de faire des procès d’intention à qui que ce soit. J’observe, j’écoute, j’évalue; je continue à espérer, mais je demeure prudent.

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